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Les écrits perso
des internautes
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Yannick (Page
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:
Les Autres
Lundge était une petite bourgade tranquille
et paisible, constituée de petites résidences autour d'un grand clocher
: un village sans prétention, comme tous ceux qui parsèment les terres
de notre pays.
Cela faisait bientôt quinze ans que John vivait en ces lieux, où il menait
la vie monotone et routinière d'un médecin de campagne, une existence
sans aucun attrait jusqu'au jour où il reçut la visite d'un curieux personnage.
Comme à l'accoutumée, John, ce jour-là,
ouvrit son cabinet à sept heures tapantes, avec la précision d'un horloger
: pas une seconde de plus, pas une seconde de moins.
Depuis quelques temps, il n'y avait pas foule qui se pressait pour demander
ses services.
Mais, ce matin-là, un vieil homme attaendait déjà devant sa porte.
Il avait l'air un peu étrange ; John avait surtout remarqué son aspect
négligé et la pâleur de son corps.
" Bonjour, monsieur ! " lança-t-il au
vieillard qui se tenait accoudé au rebord d'une des fenêtres de sa maison.
Le vieillard le regarda fixement en insistant quelques secondes sur les
mains de John.
" Bonjour, Docteur, j'ai besoin de vous. " dit-il promptement, " c'est
une question de vie ou de mort. " continua-t-il.
Intrigué et un peu étonné par la ferveur
et la gravité de cette déclaration, John le fit entrer de suite dans son
cabinet.
Le vieil homme se pressa de refermer la porte derrière eux à double tour…
" Que se passe-t-il ? " interrogea John
qui commençait à sentir la peur l'envahir, même s'il croyait que celle-ci
n'était pas justifiée au vu de la chétivité de l'individu qui se tordait
devant lui.
" C'est affreux, c'est horrible, nous sommes perdus… " cria l'homme en
se frottant la tête entre ses mains.
John commençait à croire que ce vieux
était pris d'une démence incontrôlable, et, sentant la méfiance l'envahir,
le pria de s'asseoir.
" Calmez-vous, lui dit-il d'une voix
douce et autoritaire à la fois, ce n'est pas en vous énervant que cela
ira mieux… "
" Je le sais, Docteur, répondit le pauvre homme, c'est affreux, c'est
horrible, c'est pas possible, nous sommes perdus… " continua-t-il en répétant
son massage facial.
John ne savait pas quoi faire pour calmer
l'individu et lui tendit un verre dans lequel il avait placé, subtilement,
un tranquilisant.
" Asseyez-vous ! " lui dit-il plus fermement
que la première fois.
Le vieillard s'exécuta tout en ne cessant
pas de trembler et de frotter son crâne dégarni, prit une grande gorgée
d'eau, et reprit de plus belle :
" Docteur, vous ne voyez donc rien, c'est affreux ! "
" Je commence à savoir que c'est affreux, mais qu'est-ce qui est si affreux
? "interrogea-t-il.
Le vieil homme lui lança un regard de
frayeur comme si le diable se tenait devant lui, et dit :
" Vous n'avez donc pas remarqué depuis quelques temps ? Les rues du village
sont désertes et même la cloche ne sonne plus depuis deux jours ! "
Ces petits détails n'étaient pas apparus à John, qui avait quand même
remarqué que ses clients se faisaient rares depuis quelques jours.
" C'est vrai ; maintenant que vous me
le dites, il est vrai que c'est bizarre… " nota John.
" C'est à cause des Autres, Docteur, dit le vieux d'une manière mystérieuse,
et ça fait longtemps que l'ai vu… " fit remarquer l'homme à John.
Il recommençait à trembler de plus bel et sa respiration se faisait de
plus en plus haletante…
" Calmez-vous, ordonna John, et expliquez-moi
toute votre histoire… "
Le paysan commença :
" J'ai remarqué quelque chose de bizarre depuis un mois déjà… Au début,
je croyais que c'était simplement mon imagination, mais après, j'ai su
que c'était les Autres ! "
John prit un air intéressé comme pour voiler au vieux l'idée qu'il se
faisait de ce paranoïaque, et fit semblant de prendre des notes…
Le vieux continua :
" D'abord, il y a eu le vieux George Anderson, qui ne s'occupait plus
de ses champs et de ses vaches… Je suis allé le voir un soir, après mes
corvées, en croyant qu'il était malade, et je l'ai vu, en pleine forme,
en train d'enterrer quelque chose dans la terre…Je ne savais pas ce que
c'était, mais ça brillait ! Alors, j'ai attendu qu'il ait fini, puis j'ai
toqué à sa porte.
Il a ouvert sa porte, je lui ai dit bonjour et expliqué que j'étais venu
prendre de ses nouvelles, car j'avais vu qu'il ne travaillait depuis quelques
jours… C'est alors qu'il m'a poussé sauvagement en arrière et m'a dit
de partir parce qu'il voulait être seul… Et je vous dis, foi de Louis,
qu'il n'a jamais fait ça avant : c'était toujours le premier à vous faire
entrer et à vous offrir un verre pour discuter… "
John interrompit le vieux :
" Je ne trouve pas ça vraiment bizarre et affreux " ajouta-t-il pour se
moquer un peu. " Tout le monde peut avoir ses humeurs ! "
" Oui, c'est vrai, dit Louis, mais pas George ! "
" Bien, répliqua John en faisant semblant de prendre des notes, continuez…
"
Le vieux se rongeait les ongles, puis,
en arrachant un lambeau de la peau de son doigt, il reprit :
" Donc, j'ai trouvé ça un peu étrange que George se conduise ainsi, mais
je suis rentré chez moi : moi aussi, je croyais qu'il avait eu un mauvais
jour, mais bon, je vous dis la suite…
Donc, je suis rentré chez moi, et je me suis couché tout de suite après
avoir donné à manger aux porcs…
Le lendemain matin, je suis retourné chez George, et il avait disparu…
Et George, croyez-moi, il ne part pas comme cela sans mettre le moindre
mot à sa porte…
Alors je suis allé voir la voisine, la vieille Alyssa, faut dire que je
ne l'aime pas beaucoup, mais je me suis dit qu'elle était peut-être au
courant pour George… mais bon, elle n'a pas toute sa tête, cette pauvre
femme… "
Le vieux s'arrêta comme s'il avait eu le souffle coupé et but à nouveau
une gorgée du verre d'eau que John avait pris soin de remplir à nouveau.
John sentait que le discours du vieil
édenté s'emballait et laissait place à des phrases démentielles dignes
des personnes possédées dans les séries B.
Sans laisser transparaître la moindre peur, il lui dit :
" Monsieur Louis, je peux vous appeler Monsieur Louis ? "
" Oui, bien sûr Docteur ", interjecta l'individu.
" Monsieur Louis, reprit John, ne croyez-vous pas que votre imagination
est un peu trop abondante et que vous faites des montagnes avec quelques
détails ? "
" Non, Docteur, et je vais vous le montrer ! " répliqua Louis.
Sur ces mots, il sortit un petit sac
de jute de dessous son large manteau et le posa sur la table.
" Qu'est-ce donc ? " demanda John, équarquillant les yeux.
" C'est la chose bizarre que George avait enterrée dans sa cour ! " répondit
le vieil homme.
Alors, il avança la main au-dessus de
la toile et ouvrit le sac… Une lueur étrange semblait s'échapper et une
sorte de bourdonnement se fit entendre.
John voulut poser sa main sur la sorte de caillou, mais le vieux l'arrêta
en criant :
" Ne faites pas ça, malheureux… Sinon, les Autres vous auront… "
" Mais qu'est-ce que vous croyez que cela soit ? " interrogea John de
plus en plus intrigué.
" C'est avec ça qu'ils ont nos corps… "
John commençait à perdre la notion de
la réalité face à la véracité par laquelle le vieil homme expliquait son
histoire, ainsi que par ce curieux objet posé sur la table de son bureau.
Alors, pris par un moment d'incompréhension, il sembla plonger dans l'univers
fantasmagorique de Louis.
" Alors, expliquez-moi comment croyez-vous
que cet objet possède les corps. " interrogea John.
" Je ne sais pas trop, dit Louis avec un air dépité, mais c'est sûr que
c'est avec ça que les Autres prennent notre âme ! "
John, intrigué par l'histoire, reprit
:
" Bon, revenons à la vieille Alyssa, que s'est-il passé avec elle ? "
Louis se sentait un peu plus détendu, non seulement grâce au tranquilisant
que John avait versé discrètement dans sa boisson, mais aussi parce qu'il
croyait avoir trouvé quelqu'un apte à entendre son aventure.
Il reprit de plus bel, comme grisé par cette marque d'attention :
" Donc, j'en étais à la vieille Alyssa… J'ai toqué chez elle, mais elle
ne répondait pas ! Alors, j'ai penché ma tête à sa fenêtre, et c'est là
que je les ai vus… "
" Qui ? " interjecta John, comme absorbé par les propos du vieux Louis.
" Les Autres, pardi ! Et ils étaient entrés en eux… La plupart des habitants
d'ici étaient dans le salon d'Alyssa… même George, qui ne pouvait pas
la voir, était présent… autour du caillou brillant… Pas le même que celui-ci,
mais plus gros, aussi gros qu'une vache… "
John voyait que le vieil homme, malgré
la drogue qui lui avait été administrée, s'énervait de plus en plus, tremblant
comme s'il était en transe…
Pour le rassurer, il prit un air compatissant et un peu horrifié pour
donner un semblant de confiance à ce fou.
" Tout cela relève d'un mauvais film de science-fiction, mais comment
savez-vous que " les Autres " ont pris possession de vos amis ? " interrogea
John.
" C'est simple, tous ceux qui ont été en contact avec les Autres ont la
peau pâle et les ongles noirs, comme s'ils étaient morts… " répondit Louis,
comme si sa réponse coulait de source.
John n'avait plus aucun doute : ce vieux
était atteint d'une sorte de paranoïa psychotique, mais ne se révélait
pas dangereux pour la société ; et pour ce qui était du caillou, ce n'était
peut-être qu'une sorte de phosphore…
Il regarda Louisn sans dire un mot, et referma le sac en toile…
" Monsieur Louis, dit-il pour le rassurer,
je pense que vous avez raison… Il se peut que nous soyons dans une situation
critque… Il faut que j'avertisse des collègues pour m'aider à résoudre
ce problème… Attendez-moi une minute, je vais téléphoner à côté et je
reviens de sitôt ! " termina-t-il avant de se lever pour gagner sa demeure.
Il referma la porte derrière lui, laissant Louis seul, un peu fatigué,
et endormi par le médicament.
Pendant ce temps, il restait assis sagement
dans le bureau, sentant une sorte de soulagement l'envahir…
Puis, John revint et dit :
" C'est fait ! Ils seront là dans quelques minutes… Ne vous inquiétez
pas, tout ira bien maintenant. "
" Oh, Docteur, vous ne savez pas quel soulagement c'est pour moi…Je me
sens enfin rassuré et protégé… Je vous remercie… " dit-il en lui tendant
la main.
John s'exécuta et Louis se tétanisa.
La main de John avait les ongles noirs et sa peau était froide comme le
marbre.
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