|
...
|


Bienvenue dans le parloir !
Vous trouverez ici tous les écrits personnels
envoyés par les internautes ou les animateurs du site. Si vous
souhaitez également y publier un écrit, merci de nous l'envoyer
par e-mail : litteranet@chez.com.
Texte, nouvelles, petites
pensées, essais, poésie, ... tous les genres sont les bienvenus
!
Yannick
Gercendre
Bart
François
Lefébure
Marc Escayrol
Aliotis
Slapjack
Stan
La
bande des Cinq
Jean Yves Barbe: "Après le
quinze août"
Hélène
Le roi du micro (alias
Laurent)
Noémie
Hélène
:
Autour de nous, Le mot vertu,
Stagne sur une mer sans courant.
C'est comme si l'on avait suspendu le temps
Par une traîtrise inconnue, la vie perd tout son sang
Et j'ai peur de voir mon âme nue
Devant cette barbarie sur enfants.
Noémie :
Je foule le sable, mélancolique, recherchant en vain
dans cet endroit, des réponses aux questions que je me pose. L'écume des
vagues me caresse les pieds et je me sens bien. Je fais le vide dans mon
esprit, me concentrant uniquement sur le bruit des vagues. La brise légère
m'emporte et je ne pense plus à rien. A rien sauf à la délicieuse sensation
de bien-être que je ressens. Cet endroit est le témoin malgré lui de l'aveu
éternel des amants. Il est le refuge temporaire de cet astre puissant
qui illumine nos jours, le receuil des larmes des veuves ayant perdu leur
seul amour, ces marins ayant consacré leur vie à cette étendue d'eau à
la fois si belle et si meurtrière. Pour moi, il sera toujours le soutien
des âmes mélancoliques foulant le sable encore chaud d'une journée ensoleillée.
Jean Yves barbe
:
Après le quinze août
Après le quinze août, ce n'est plus pareil. Non pas que
l'air soit moins brûlant et le ciel moins bleu, quoique les orages se
donnent souvent rendez-vous à cette époque, mais tout simplement parce
que le temps semble en suspens. Ca ne se voit pas, ça se ressent. Pourtant
c'est toujours les vacances et l'on voit passer de temps en temps, sur
la route qui borde le clos d'en haut, les belles caravanes des gens de
la ville. Même s'il n'en passe pas tous les jours, à chaque fois l'oeil
brille d'envie devant ces symboles d'insouciance qui évoquent les parasols
et les chemisettes multicolores ; même les fameux embouteillages dont
parle la première chaîne sont un luxe inaccessible aux gens des campagnes.
Pourtant le thermomètre flirte toujours avec les trente degrés et les
vaches qui le savent bien viennent chercher l'ombre des grands chênes
en début d'après-midi quand les hommes font la marienne ; justement, les
siestes durent plus longtemps quand la mêtive est terminée. La mêtive
, c'est l'ensemble des travaux qui régissent la récolte des céréales .
Chez nous, c'est elle qui commande à l'été. C'est une saison bruyante
et sale : du matin au soir , les batteuses se signalent par un nuage de
poussières et par le chant des courroies qui entraînent leurs innombrables
engrenages. Quand les batteuses se taisent définitivement , hibernant
pour un long sommeil de onze mois et demi au fond des hangars où elles
servent de nichoirs aux poules en mal de poussins , l'été change de visage.
C'est d'abord la physionomie des champs qui se modifie. Dans les grandes
plantes et dans le clos de devant l'ondoiement des blés à laissé la place
aux chaumes . Ce sont ces tiges de paille de dix à quinze centimètres
qui ont échappés à la faucheuse et qu'on appelle aussi des pécos. Ils
égratignent les petits campagnards , permettant de les identifier à coup
sûr grâce aux zébrures qui marquent leurs mollets nus. Dans les vergers
, les branches des pommiers commencent à s'arquer sous le poids des pommes
à cidre. Accompagnant les transformations du paysage , la faune témoigne
elle aussi de l'avancement de la saison. Ce sont des petites volées d'étourneaux
qui ratissent les chaumes et se gavent des graines oubliées par les hommes.
Ils nichent dans le petit bois qui borde les plantes et sont chaque jour
un peu plus nombreux . Dans un mois , comme une armée préparant la guerre
, ils seront des milliers à se rassembler pour leur grande migration vers
l'Afrique. Ce sont les oreilles des jeunes lapins de garennes qu'on a
juste le temps d'apercevoir entre les rangs de betteraves avant qu'ils
ne nous montrent leur queue . Le vent qui emporte notre odeur nous a dénoncé
! Evoluant au milieu de ces changements qu'ils provoquent ou subissent
, les hommes ressentent aussi la fin de l'été. Leur démarche est plus
lourde , moins nerveuse. Il est vrai que pendant quelques semaines ils
seront moins tributaires du temps : qu'un orage survienne et ils s'abriteront
dans la grange en regardant sereinement les grosses gouttes s'écraser
dans la poussière. Tant redoutée il y a seulement huit jours, la pluie
est maintenant considérée comme salvatrice. Le blé, surveillé par les
chats, s'étale en gros tas dans les greniers et la paille est bien serrée
dans ces barges en forme de maison sur lesquelles l'ondée glisse sans
dommage.
Aujourd'hui le SOMECA pétarade dans le chemin qui relie la ferme aux grandes
plantes. La charrue, une bi-soc, se balance sur l'attelage, au gré des
bosses. Jean a sa vieille casquette de tous les jours : la poussière accumulée
,le suint des animaux et la pluie ont dilués les couleurs d'origine en
un gris presque uniforme . Neuf, sur l'étal du commerçant le jour de la
foire saint NICOLAS, le couvre chef éclatait de motifs écossais et n'avait
rien à voir avec cette galette informe que le conducteur porte aplatie
sur l'oreille gauche. Une main sur le volant, l'autre main appuyée sur
l'aile qui protège la roue arrière droite du tracteur, Jean conduit lentement
et essai d'éviter les ornières laissées par les vaches. Le moteur tourne
rond , affichant à peine quinze cents heures au compteur et sortant d'une
révision chez COLLIAUX , le mécanicien agricole d'IFFENDIC. La première
heure a rapidement passé. Jean à commencé le labour par le coté des PLANTES
qui borde le champ de Pierre FAVRAIS. Un oeil sur les réglages de la charrue
, l'autre sur le chêne qu'il a pris en ligne de mire pour tracer un sillon
bien droit, il fait particulièrement attention à son travail. Les agriculteurs
se jugent entre eux sur la qualité de leur labour. Les sillons doivent
être rectilignes et d'une profondeur régulière. Seule la terre arabe doit
être retournée : marron foncée, légère et douce à la fois, et toujours
prometteuse de bonnes récoltes. La "jale", cette terre jaune et stérile
enfouie à quarante centimètre, ne doit pas apparaître.
Jean a mal au cul. La fatigue et le stress de la moisson ont fait réapparaître
ses hémorroïdes et le vieux coussin vert, sur le siège, est trop mince
pour amortir les trépidations du moteur. Le front plissé et les yeux enfoncés
dans les orbites ne lui donnent pas bonne mine. Il a cinquante cinq ans
mais en paraît facilement cinq de plus. La nature, c'est bon pour la santé
quand on y prend ses vacances mais quarante années passées à travailler
la terre, ça vous vieilli prématurément n'importe quel bonhomme. Le tracteur
est maintenant presque en bas du champ, en face de l'ancien chemin qui
débouche dans le virage de chez BOUSSIN. Les yeux fixés sur la "ra", Jean
ne prête pas attention à la silhouette qui apparaît derrière la haie du
champ à Pierre FAVRAIS. D'ailleurs, la forme hésite entre végétal et animal
: est-ce un arbrisseau, caressé par le vent, poussant à l'ombre tutellaire
d'un grand chêne ou bien un être humain dont les mouvements économes se
confondent avec le balancement des branches basses de l'arbre centenaire
? C'est en voulant chasser une mouche que Jean détourne la tête un instant.
Une fraction de seconde suffisante pour apercevoir la forme qui lève un
bras dans sa direction. Maintenant il n'y a plus de doute c'est bien un
homme qui se trouve derrière la haie. Une bouteille au bout du bras tendu
bien haut , il annonce clairement ses intentions. Il enjambe le talus
,évitant les ronces et débouche sur la terre labourée. Jean à reconnu
son voisin André CHEVILLON. Le béret toujours enfoncé profondément sur
le crâne , décollant ainsi de larges oreilles qu'il eut été préférable
de couvrir discrètement d'un couvre chef plus large et les épaules recouvertes
du même paletot noir qui le vêt du premier janvier au trente et un décembre
, trop mince pour les frimas de janvier , trop lourd et trop chaud pour
la saison actuelle mais toujours utilisé comme une seconde peau encore
plus crasseuse que la première , André est reconnaissable de loin. Tout
le monde l'aime bien . On dit que c'est un brave gars mais chez nous c'est
pas une qualité qui inspire beaucoup de respect. Avoir de la terre au
soleil , avoir des vaches bien grasses et nombreuses qu'on met à pâturer
dans les prairies qui borde la grande route et qui seront jugées discrètement
par les voisins , avoir des gros rendements de blé qu'on évoquera négligemment
au café d'après la messe , tout ça c'est du sérieux.
Le gars André exploite une ferme de six hectares. Six hectares de petits
champs mal exposés au nord et qui ne lui laissent pas de revenus suffisants.
Alors André loue ses bras de ferme en ferme depuis trente ans ; depuis
qu'il s'est marié avec Yvonne. Elle aussi c'est une brave femme. On dit
qu'elle est courageuse et travailleuse mais on ne l'emploi pas. Yvonne
s'est cassé une jambe dans sa jeunesse en voulant stopper une jument affolée
par des chiens et depuis elle boite bas et ça ralenti son travail, alors
on préfère engager des femmes plus costauds pour donner un coup de main
à la moisson ou au ramassages des betteraves. Et puis l'Yvonne boit. C'est
le facteur qui la voit certains matins avec le regard vitreux et l'haleine
qui fleure l'eau de vie à plein nez. Par chez nous , on en dit trop rien
: on sait bien que le malheur s'est installé définitivement chez les CHEVILLON.
Il y a d'abord eu les fausses couches d'Yvonne et puis le petit Albert
qui est arrivé comme un rayon de soleil après des années de pluie. Il
a vécu deux ans avant de mourir sous les roues du camion de l'épicier.
Il y a eu l'épidémie de bruxellose qui décime régulièrement le troupeau.
Il y a maintenant les créanciers qui viennent régulièrement rendre une
petit visite chez André. Et puis il y a les bouteilles de "gouttes" qui
se vident de plus en plus vite. Jean vient d'arrêter son tracteur : le
moteur du SOMECA s'est enfin tût , libérant les tympans et laissant place
au bruit de la campagne . André se rapproche du tracteur, marchant lentement
sur les grosse mottes de terre fraîchement retournées. Dans sa main, la
bouteille de cidre est une promesse de fraîcheur râpeuse et pétillante.
Le verre est posée sur le goulot, prêt à servir aux deux hommes qui commencent
à échanger sur le temps. Il ne viendrait à l'idée de personne, ou alors
cela paraîtrait inconvenant, de commencer un conversation sans parler
du temps. André est d'autant plus volubile qu'il se sent particulièrement
à l'aise avec JEAN. N'ont-ils pas fait leur service militaire, leur régiment
comme ils disent, ensemble ! Ils parlent du temps et puis des récoltes,
des prochaines semailles et des betteraves qui souffrent de la sécheresse,
d'une vache qui vient d'avorter et du prix du lait qui monte moins vite
que celui des engrais. La bouteille de cidre à vécu. André et Jean se
serrent la main avant de se quitter. Alors que Jean se penche pour actionner
le démarreur, André se retourne vers lui et donne un petit coup de main
sur le capot du tracteur:
- Au fait, j'oubliais de te dire : dimanche prochain, on va faire une
grande fête chez nous. Tu vas voir, il y aura plein de monde : tous les
voisins seront là, la famille aussi, même le maire sera là. Si si tu verras,
même toi tu seras là!
Et puis André est reparti avec sa bouteille vide qui se balançait au bout
de son bras, sans laissé à son voisin le temps de demander une explication.
Jean à continué son labeur, pensivement. La grande fête, il n'y croyait
pas : les CHEVILLON était trop pauvre pour inviter qui que ce soit chez
eux. Ils avaient aussi trop de fierté pour étaler leur misère au grand
jour. Cette histoire était tellement bizarre que Jean n'osa même pas en
parler à sa femme. A quoi bon accabler d'avantage un pauvre homme enlisé
dans sa misère ! Le dimanche suivant il y eu effectivement beaucoup de
monde chez les CHEVILLON. Même le maire était là. André avait tué sa femme
d'une cartouche de chevrotine dans la bouche et s'était ensuite pendu
dans l'étable, près du vieux chien qui gémissait comme un bébé.
|