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  • Jean Racine

     

      Vous trouverez ici une biographie de l'auteur , ainsi que tous les écrits le concernant, qu'ils proviennent des animateurs du site ou des internautes :

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    Biographie

    Les débuts dramatiques (1639-1665)

    Né à La Ferté-Milon en 1639, Jean Racine, malgré une formation janséniste, reçue dans son milieu familial et à Port-Royal des Champs même, ne tarde pas à s'émanciper. Il fréquente des milieux assez libres et cherche à faire carrière : il songe à un bénéfice ecclésiastique, mais, après un voyage à Uzès qui lui montre la beauté des paysages méditerranéens, il se tourne vers la littérature à laquelle le préparait la culture gréco-latine qu'il tenait de ses maîtres. Il fait des débuts dramatiques à Paris, chez Molière, avec deux tragédies : La Thébaïde et Alexandre. La première révèle, à travers la peinture implacable d'âmes " noires "la cruauté d'un génie naissant ; la seconde, tout en cédant à un certain goût du romanesque à la manière de Quinault, présente déjà, sous une forme harmonieuse et pure, ces âmes faibles que Racine se plaira à déceler derrière les grands noms de l'histoire.

    La rupture avec Port-Royal (1666)

    La brillante réussite d'Alexandre le décide à faire carrière dans le théâtre : il retire sa pièce à Molière pour la confier aux " grands comédiens " de lHôtel de Bourgogne et consomme sa rupture avec Port-Royal, prétextant une phrase d'un pamphlet de Nicole, où ce Janséniste dénonçait le danger moral que font courir au public romancier et dramaturges. Il semble en fait que ce soit sur la demande de l'archevêque de Paris que Racine ait attaqué les Jansénistes, contre promesse d'un bénéfice ecclésiastique. Il se lance, en tout cas, pour la défense du théâtre, dans une polémique brillante, qui fait un peu penser aux Provinciales, et pose, une fois de plus, le problème tant débattu au XVIIème siècle de la valeur édifiante de l'art scénique.

    La vocation tragique (1667-1677)

    Racine a dès lors le champ libre pour se livrer à sa vocation tragique. Dès 1667, il fait jouer par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne son premier chef-d'oeuvre, Andromaque, dont le succès fut dû en partie à Mlle du Parc, tragédienne remarquable que Racine aimait passionnément et quil venait d'enlever à la troupe de Molière. Avec Andromaque triomphe un nouveau tragique, qui naît du spectacle de l'homme accablé par le Destin et implique une nouvelle psychologie, celle des âmes faibles et hésitantes, pleines de mauvaise foi et de duplicité, et un nouveau style, où la passion la plus violente trouve les mots les plus simples et les plus naturels pour s'exprimer. Racine cherche ensuite à battre Corneille sur son propre terrain et écrit, avec Britannicus (1699), une tragédie historique sur la Cour romaine à l'époque de Néron, au moment où celui-ci se libère par un premier crime de la tutelle politique de sa mère. Mais Racine est moins intéressé par les calculs politiques et les délibérations des chefs d'Etat que par les dessous passionnels de l'histoire : c'est toujours la fatalité qui est au centre de la pièce, celle des instincts mauvais, qu'aucune contrainte, aucune éducation ne peuvent longtemps empêcher de se faire jour, surtout lorsque s'exercent sur les personnages les influences les plus contradictoires. L'insuccès relatif de Britannicus décide Racine à revenir à la " tendresse " : s'étant épris, depuis le début de 1670, de la plus grande actrice de l'Hôtel de Bourgogne, La Champmeslé (qui sera désormais sa principale interprète jusqu'à Phèdre), il écrit pour elle sa Bérénice, représentée quelques jours avant Tite et Bérénice de Corneille. Racine porte sur la scène la rupture volontaire de l'empereur Titus et de la reine Bérénice, bâtissant toute une tragédie sur un sujet aussi mince et poussant à la limite, à force d'art, sa doctrine de l'" action simple, chargée de peu de matière ". Cherchant ensuite à se renouveler, Racine, avec Bajazet (1672), choisit délibérément un sujet presque contemporain (c'est en 1635 que se déroulèrent les événements dont la pièce est tirée). Mais, compensant la proximité des temps par l'éloignement des lieux, il situe sa tragédie dans un Orient mi-réel, mi-symbolique, où il montre le lieu par excellence des passions déchaînées et d'une fatalité au mécanisme impitoyable qui aboutit dans l'espace clos et limité du Sérail à un horrible dénouement. C'est encore une tragédie orientale que Mithridate, où l'intérêt réside surtout dans l'opposition entre les tortueux procédés du vieux et puissant despote asiatique, que la jalousie conduit aux dernières bassesses, et les lumineux et innocents visages de Xipharès et de la princesse grecque Monime, qui passent comme un rêve de pureté dans le sombre univers racinien. Cette dernière héroïne annonçait un retour à la Grèce, qui se développera dans les pièces suivantes, et d'abord dans Iphigénie (1674), sous le double aspect d'une grâce hellénique touchante et d'une mythologie redoutable qui va désormais teinter la fatalité racinienne d'un caractère religieux. La tragédie revenait ainsi, comme le souhaitaient Boileau et l'Académie Lamoignon, à ses sources sacrées, c'est-à-dire à un tragique vigoureux et sans fadeur, directement inspiré des Grecs. Ce retour aux mythes anciens et chargés de mystère atteindra son plein épanouissement avec Phèdre (1677). Dans l'ambiance légendaire de la Grèce des temps héroïques, l'amour apparaît, non seulement chez la principale héroïne, mais aussi chez Hippolyte, comme un fléau redoutable envoyé par les dieux, une vraie maladie, où la lucidité la " conscience dans le mal ", comme dira Baudelaire, loin de permettre un redressement moral, ne fait qu'accroître l'angoisse. Cet amour engendre lui-même son châtiment par les " fureurs " où il mène ses victimes, notamment du fait de la jalousie. Racine retrouvait ainsi la leçon de ses maîtres de Port-Royal qui lui avaient enseigné quelle est la corruption profonde de la nature humaine livrée à elle seule, quelles souffrances porte en elle la passion et combien l'homme est incapable de s'en délivrer par ses propres forces.

    La perfection du système tragique

    Phèdre constitue comme la perfection d'un système tragique que Racine, à la différence de Corneille, n'a jamais exposé de façon suivie, mais sur lequel il a laissé les plus précieuses indications dans ses préfaces : ne rejetant rien de la leçon des maîtres, ni de la Poétique de philosophe grec Aristote, ni de l'Art poétique du latin Horace, il a surtout médité la Pratique du théâtre (1657) d'un " Docte ", l'Abbé dAubignac, qui avait cherché à dégager, contre Corneille, une nouvelle conception de la tragédie.

    Le retour à la vie chrétienne (1677-1691)

    La brillante carrière de Racine lui avait valu beaucoup d'ennemis et lui-même du reste était d'un esprit très mordant. Une cabale, montée contre sa Phèdre, la fit échouer provisoirement. Cet incident le poussa sans doute à renoncer au théâtre et à revenir à une vie plus chrétienne. Mais d'autres causes peuvent expliquer aussi son " silence " : il se rapprocha de Port-Royal à la suite de Phèdre, rompit avec la Champmeslé, se maria bourgeoisement en juin 1677, et surtout fut nommé, en même temps que Boileau, historiographe du Roi. Cette occupation se révéla fort absorbante, car le genre historique était le point faible de la littérature classique et l'on désirait, en haut lieu, le développer pour qu'il transmit à la postérité la gloire de Louis XIV. Racine ne revint à ses activités dramatiques que sur la prière de Mme de Maintenon, afin d'offrir des divertissements pieux aux jeunes filles nobles de la Maison d'éducation de Saint-Cyr. Celles-ci jouèrent Esther en 1689 et Athalie en 1691, deux pièces avec choeurs et musique tirées de la Bible, où éclatent, dans la première, toute la ferveur du poète revenu à Dieu, dans la seconde, un tragique mystique qui met en cause, derrière l'action des personnages, tout le destin de l'Eglise et de l'humanité, et où Dieu est le vrai moteur de l'histoire.

    La retraite définitive (1691-1699)

    Après Athalie, Racine prend, par rapport au théâtre, une retraite définitive. Il se borne à quelques écrits de piété, où revient encore ce problème de la nécessité de la grâce et l'inutilité des mérites hors de " l'ordre de la charité " : tragique faiblesse de l'homme sans Dieu, bien propre à intéresser l'ancien auteur de Phèdre, mais aussi le chrétien vieillissant, qui, par zèle janséniste, et même au risque de s'aliéner quelque peu Louis XIV, rédige un Abrége de l'Histoire de Port-Royal, dont les religieuses persécutées apparaissent sous sa plume comme de véritables martyres de leur foi. Racine mourut à Paris de façon très chrétienne le 21 avril 1699.

     

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